Arino Henri

Enradiage du Dragueur «La Paimpolaise» dans le TCD «Orage» à Papeete, en 1970

En 1970, Le SIRPA organisa le tournage d'un film sur les capacités des nouveaux TCD (Transport de Chalands de Débarquement) au profit de DGA/DCN, en support commercial pour des marines sud-américaines. J'étais Officier opérations de l' «Orage» et nous devions d'une part embarquer de gros camions et engins par la porte du radier, bateau dit «cul à quai», et d'autre part démontrer la capacité maximale du radier en gros moyens nautiques. L'examen de l'entrée du Dragueur «La Paimpolaise» à flot dans le radier fut donc examiné. Avec l'officier de manœuvre et le chef nous estimions la chose possible, mais très juste, pointue et nécessitant des précautions; le commandant du dragueur (un camarade de carré du La Bourdonnais en 1968) était lui aussi convaincu et il savait que je contrôlerai personnellement en plongée l'échouage dans le radier. Nous avons donc persuadé le commandant de l' «Orage» de la faisabilité de l'opération, mais il souhaita malgré tout que l'échouage soit pilotée par DCN Papeete, qui, bien qu'estimant la chose possible, refusa d'en endosser cette responsabilité.

Finalement, le capitaine de Frégate Lajous accepta de prendre la responsabilité de cet enradiage jugeant que les risques pouvaient être contenus par les précautions que nous lui proposions!

Pour ne pas rester à la traîne, DCN Papeete accepta de fournir le plan d'échouage à jour et une ligne de petits tins en bois « extra dur ». La présentation du dragueur fut exemplaire. L'opération fut entreprise sous un beau soleil tropical, le chef du TCD à la direction de l'échouage et moi, en liaison, en plongée sous le dragueur pour contrôler en permanence le posé sur la ligne de tins sans que la quille et les matériels débordants ne touche le fond du radier. Je dus faire interrompre plusieurs fois le pompage pour prendre le temps d'évaluer le respect des conditions prévues. Constatant que le bois de la ligne de tins n'était pas aussi dur que prévu, je fis part de mon inquiétude au commandant et au chef, tout en leur assurant qu'une mise à sec très très lente permettrait d'arrêter l'opération avant le moindre dégât. Il me fallut donc surveiller personnellement et de près les bases sondeurs et autres aspérités .,. je me souviens qu'au moment de la mise à sec la lame de mon poignard de plongée passait juste, mais bien, entre le fond du radier et l'aspérité la plus basse de la coque du dragueur, l'épaisseur de la ligne de tins ayant diminuée de plus de la moitié ... et nous aurions eu tort de ne pas être entreprenants (même si la vente de TCD n'a pas été réalisée !)

Le commandant nous félicita en conviant tous les acteurs autour d'une coupe de champagne ...

Avec le recul, je crois que nous avions alors la chance de pouvoir agir sans qu'un responsable ne soit obligé de demander qu'on lui garantisse l'absence totale de risque.