Philippe Buzenet

Les plus beaux moments de ma carrière « marine »

Merci amiral Major Général et merci capitaine de frégate Didier.

Début 1974, je me suis chipoté avec la DPMM, qui m’avait désigné comme pacha du Fringant à Cherbourg, pour les « pêches », et après que j’ai eu offusqué la dite-DPMM en refusant ce commandement --- à mon cri de : « je vous ai envoyé un desiderata négatif, c’est vous qui l’avez inventé ce désiderata à la mords-moi-le pompon, pour vous demander de me sauter au tour de commandement s’il n’y avait pas de place sous les cocotiers donc je refuse le Fringant » ---- le frégaton de la dite direction avait en effet annulé ma désignation mais ajouté que cela ne se faisait pas et que scrongneugneu ça me retomberait sur la figure. Et voilà-t’y pas que quelques mois après, nouvelle affectation : « commandant patrouilleur Océan Indien » …. ???????  C’était inattendu au dernier degré vus mes derniers échanges avec Paris.

Olivier d’Hauthuille, alors second du Schoelcher basé à Diégo, avec son habituelle et grande aménité/gentillesse/amitié, vient me chercher début janvier 1975 à l’aéroport de Diégo, me loge sur sa « barque » et me prévient que je vais être un tantinet choqué par la visite de l’Altaïr qu’il me propose d’effectuer le lendemain. Explication : ce patrouilleur avait été « offert » à la marine malgache après qu’il ait eu terminé sa dernière campagne sous pavillon français, nous n’en avions plus l’usage et Madagascar en avait besoin . Mais il pourrissait sans aucun entretien depuis des mois, à quai, et tout le personnel civil et militaire qui fréquentait l’arsenal allait le soir enseigner le Kama Soutra aux ramatous dans les chambres des officiers de l’ex-Altaïr…………… de plus il avait été sérieusement vandalisé.

Mais entretemps, un certain amiral aéronaute --- race redoutable que celle des amiraux aéronautes --- n’est-ce-pas Alain, François, Michel et autres brillants z’oiseaux étoilés, de surcroit Major Général, ayant atteint un très haut niveau d’irritabilité  depuis belle lurette, réagit fin 1974 avec vigueur à la déclaration d’un ministre des A.E. malgache, connu de la promotion  60 (ce ministre avait déclaré en qualité de président des Non-Alignés, que la France devait restituer les Iles Eparses à Madagascar, ce qui en effet était fort de moutarde), ce Major Général, « T », avait réagi en déclarant, malheureusement en public, que « ce petit frégaton de mes bottes devrait réviser l’histoire de son pays » ou quelque autre amabilité de ce genre. Le petit frégaton des bottes de « T ». était aussi sec monté sur son zébu de combat et avait notifié à l’ambassadeur de France que l’accord franco-malgache qui nous accordait libre accès et liberté de stationner dans nos bases et établissements divers de la région de Diégo jusqu’en 1982 n’était plus qu’un tas de cendres dans sa poubelle et que nous devions évacuer avant juin 1975. D’où grosse colère du M.G. qui remballe son cadeau à Madagascar et l’Altaïr avait à nouveau besoin d’un pavillon et d’un commandant français, quelle chance j’ai eu ……….merci  « T », merci Didier !

Pendant six mois, nous nous sommes efforcés, équipage courageux, à remettre en état le vieux et fatigué dragueur, il a fallu aller chercher au « marché des voleurs » tout le matériel qui avait été piraté ---ils étaient allé jusqu’à faucher tous les interrupteurs d’éclairage, vous connaissez, ces merveilles conçues par nos gentils camarades G.M., qui résistent à 6G et 15 mètres d’immersion (les interrupteurs, pas les G.M.), mais malheureusement les voleurs avaient coupé les câbles au ras des cloisons, ça en a coûté des heures de câblage ..., donc nous avons avec difficulté retrouvé 80% du matériel (la DCAN avait passé le manche à la SECREN, de triste réputation ), remonté, rafistolé, bricolé, bouché 50 trous de la coque à tribord ( le temps nous a manqué pour les trous à babord, il a fallu attendre un carénage à Port-Louis et 1976 ), essayé de maîtriser une fichue hélice à pas variable babord, sans succès, et le 3 juin 1975, les derniers marins français quittaient Diégo. De mémoire, en ligne de file, le Schoelcher, le Champlain, l’Altaïr fermant la marche, ce fut un bien triste jour pour nous tous.