Bernard Coloby

Sur le Terrible, aux environs du cinquantième jour de patrouille
(Janvier 1976)

Je suis CGO, c'est-à-dire que ma principale fonction est d’observer la dérive des gyroscopes de cette belle invention que sont les centrales à inertie, conçues pour la navigation aveugle des SNLE.
Ce qui me donne le privilège, tous les matins de recaler, péremptoirement, la navigation à l’estime, tenue par les officiers de quart pendant les 24 heures précédentes. Nous sommes quelque part là-haut du côté des Féroé.

Les jours se suivent, et se ressemblent malheureusement assez uniformément.
Lorsque…

Notre médecin (Rouzic), embarrassé (au sens propre comme au sens figuré) informe le Commandant qu’il se plaint de douleur au ventre. Il a des difficultés à établir son propre diagnostic, mais il craint fort que ce soit une appendicite.
Nous envoyons un message (fait exceptionnel pour un SNLE) aux autorités qui nous envoient un Atlantique avec un toubib pour diagnostic.
Nous reprenons la vue et, à l’immersion périscopique, nous communiquons par VHF avec l’Atlantique. La consultation est partagée par l’ensemble des personnes présentes au CO. Après quelques échanges sur le transit intestinal de notre malade, le diagnostic est confirmé.

On nous envoie alors – full speed - une frégate avec un chirurgien. Nous faisons surface (autre fait exceptionnel pour un SNLE en patrouille). Notre malade est hélitreuillé et se fait donc opérer à bord de la frégate, après que nous ayons abandonné l’option d’embarquer le chirurgien pour une intervention à notre bord.

Et nous terminons donc la dizaine de jours de patrouille sans médecin.