Bernard Coloby

Conflit au Havre (été 1980)

Je suis au Havre, depuis un an.
Les pêcheurs, mécontents du prix du gas-oil - si je me souviens bien de la raison du conflit - bloquent les ports français.
Chez nous, ce sont surtout les chalutiers de Port en Bessin qui viennent mouiller dans les passes et les chenaux du Havre et d’Antifer, n’hésitant pas – ô sacrilège pour les marins que nous sommes – à déplacer les bouées de balisage.
Ils tendent un câble entre les musoirs des deux jetées du port.

Le Préfet Maritime envoie, assez vite, les remorqueurs de Cherbourg pour mettre fin au mouvement. Mais les chalutiers sont plus robustes que nos remorqueurs. La puissance publique perd la face et nos remorqueurs rentrent penauds au bercail.
Le mouvement va durer une quinzaine de jours. Les armateurs, dont les navires sont bloqués à quai, sont stupéfaits de cette situation « à la française ».
Je me souviens d’un plaisancier anglais qui cherche à rentrer chez lui. Pourchassé par un chalutier, il doit faire demi-tour et attendre patiemment la fin du conflit.
Les autorités mettent alors au point une stratégie du retour à l’ordre public.
Des gendarmes mobiles, (impressionnants avec leur tenue noire, casque noir, bouclier noir…).embarqués sur des chasseurs de mines, viennent à l’abordage des chalutiers qui bloquent le port d’Antifer. Nous observons ce combat naval d’un autre âge du haut des falaises du pays de Caux.
Au Havre, des nageurs de combat se préparent à sectionner le câble qui barre l’entrée du port et à entraver les hélices des chalutiers au mouillage. Mais ce ne sera pas nécessaire. Les vaincus d’Antifer décident de cesser le mouvement.

Je vais devoir consacrer les jours suivants à la rédaction de propositions de moyens de maintien de l’ordre public en mer. Rapport transmis au ministère, où il dort peut-être encore dans un tiroir !