Patrick Condroyer

Un jeune Prince et le protocole

J'étais délégué général de MATRA Espace à Madrid de 1989 à 1993: j'avais mérité ce poste « prestigieux » pour avoir (brillamment!) gagné un contrat de vente de deux satellites pour le gouvernement Espagnol. Le premier de ces deux engins devait contractuellement être lancé de KOUROU en Guyane avant le 500 ème anniversaire de la découverte (!?) de l'Amérique par Christophe Colon, c'est à dire le 12 octobre 1992, engagement qui fut tenu.

Dès lors, il était de ma responsabilité de mettre en musique cet évènement de mise en orbite spatiale, évènement hautement symbolique pour les Espagnols. J'organisais donc avec les autorités gouvernementales Espagnoles un vol spécial vers KOUROU, pour environ 60 personnes, et mis au point la liste des invités: Je souhaitais la venue du Prince « Felipe de Borbon », héritier de la couronne Espagnole, alors célibataire, 24 ans, 2 mètres de haut, impressionnant! A ma grande surprise, il donna son accord. Et donc, il prit place à bord avec nous comme passager, à l'avant de l'avion, très affable, simple, sans problème, accompagné de son aide de camp.

Une tradition avait court à l'époque, après un lancement réussi, d'organiser un grand dîner autour de la piscine de l'« hôtel des Roches » vers 23 heures ( les tirs avaient en général lieu de nuit pour des raisons d'améliorations de performances). A la fin du dîner, les responsables Français se faisaient un doux plaisir de pousser dans la piscine, et par surprise, les clients étrangers.

Avec mon chef de projet, je m'approche discrètement du chef de projet Espagnol, et sans qu'il s'y attende, nous le poussons tout habillé dans la piscine. Grand émoi chez les Espagnols! Je m'approche ensuite de la PdG Espagnole de cette affaire ( Madame Salgado, jeune femme très sportive, qui deviendra par la suite Ministre de l'économie et des finances de Mr Sapatero): Elle me voit arriver avec mon copain: je la dévisage, j'hésite, elle ne dit rien, et vlan, la voilà dans la piscine. Elle s'en amuse...Mon PdG me laisse faire.

Avec mon copain, je regarde maintenant vers le Ministre, Mr Aranzadi: c'est plus haut en hiérarchie... il ne résiste pas non plus à notre poussée et plonge à son tour ( sans doute avait-il chaud et s'y attendait-il car il avait confié son portefeuille à son garde du corps ).

Maintenant, que faire? Il reste le Prince héritier qui nous regarde en coin, avec un grand sourire! Il est à sa table en train de finir son dîner avec son aide de camp. Soudain, on me tape sur le dos, je me retourne, le garde du corps du Prince est derrière moi et me dit «  El Principe, no »!
Aie, grosse déception alors que le Ministre et Madame Salgado font des allers et retours dans la piscine tout habillés.

Et c'est alors que le Prince se lève, vient tranquillement vers moi, et me dit en écartant les bras: «  Pena !! » ( quel dommage!)... Il voulait y aller...