Arnaud d'Escrivan

Ni gnace ni jèze,
mais râle pre quand même

ou
la chronique des quelques fois où j'ai pédalé en tête,
surtout prétexte à quelques anecdotes de (ma) petite histoire.

C'est vrai je ne suis pas entré ni sorti de la baille à la première place, et je n'ai pas été le premier à tâter du chibi, mais, j'ai fait partie des tout premiers, rares, de la promo à y avoir ma bagnole, une deuch premier modèle, 375 cm3, les suivantes en ayant eu 425, qui frisait le 60 en plat et n'allait au delà qu'en descente. Ce véhicule ayant rallié le Poulmic sous la conduite de mon frère cadet, j'ai donc été le premier à déguiser son frère en bordache pendant quelques heures, avant qu'il ne puisse repartir de Lanvéoc; peut être certains s'en souviendront ils, mais je vous jure que lui n'a pas oublié.

Pas de premier rang non plus sur la Jeanne !

Mais, à la fin de celle ci, j'ai été le premier à embarquer, moins d'une semaine plus tard à Cherbourg sur « La Foudre », pas celle qui vient d'être fourguée au Chili, non la vieille, LSD américain devenu le grec « Okéanos » puis récupéré au titre du plan Marshall, championne des transports de matériels vers l'Indochine et l'Algérie, avant d'approvisionner le CEP. Vu nos soldes royales de l'époque, j'avais expédié mes cantines en petite vitesse au domicile de mes parents, et j'ai donc été à deux doigts de partir pour plusieurs mois avec la seule tenue que j'avais sur le dos; je n'ai été rhabillé que grâce à un passage à Brest où mes bagages réexpédiés en quatrième vitesse sont parvenus la veille de l'appareillage.

C'est ainsi que j'ai été le premier d'entre nous à repasser Panama en direction du Pacifique, et ce n'était que la première fois d'une longue série, sept passages durant cette première affectation, le dernier retour, en dépit de ce que m'avait indiqué la DPMM ayant eu lieu en COTAM. En effet, ce bateau gris faisait un travail de cargo sur la ligne métropole Polynésie, à 10/12 nœuds, avec pour seuls instruments de navigation un radar de faible portée et un loch de traîne, qu'il fallait aller filer et lire à l'autre bout des boulevards du radier, à facilement soixante mètres de la passerelle. Nous apportons notamment les barges ancrées dans le lagon, pour amarrer les ballons porteurs de la bombe lors les tirs aériens.

Pendant ces toutes premières campagnes de tirs, notre travail consiste à évacuer la batellerie de Muruoa vers Hao, où nous attendons le bon vouloir des ingénieurs et de la météo, en profitant des joies du lagon et des motus (photos 10 & 11). Entre deux campagnes, si nous n'avons pas à retourner en France ou ailleurs transporter quelque matériel (photo 12), nous sommes autorisés à passer quelques semaines à Papeete où nous avons ainsi lié de solides amitiés, tout spécialement avec la famille du tavana de Mahina et, plus tard, avec un ménage d'instituteurs dont nous avons fait la connaissance à Fakarava, lorsque nous y avons apporté les bouées de balisage du chenal. (photo 13)

La première traversée de retour vers Brest à l'automne 1965, mérite un récit détaillée. En effet, passé le canal de Panama, au lieu de faire un stop and go en Martinique comme habituellement, nous remontons dans le golfe de Floride pour rallier Yorktown, y prendre livraison de tartars, en profiter pour découvrir le « battle field » et faire une courte excursion à Washington. Mais, après la sortie de la Chesapeake, notre route croise malencontreusement le parcours prévu d'un cyclone en développement. Sagement le pacha se déroute vers le nord est, remontant au large de la côte des États-Unis, pour contourner cette dépression.

C'est alors que le toubib vient le trouver pour lui avouer son incapacité à diagnostiquer le mal étrange dont souffre depuis quelques jours un matelot, accessoirement mon ordonnance, dont l'état l'inquiète. Regard sur la carte pour découvrir le port le plus accessible depuis notre position, Halifax, capitale de la Nouvelle Écosse, et direction le Canada. Tous ces événements nous mettent dans l'obligation de ravitailler pour ne pas courir le risque de tomber en panne sèche en plein Atlantique et nous ne pouvons donc nous contenter d'une heure d'escale pour débarquer notre malade; d'ailleurs, son état empirant, toujours sans raisons apparentes, son hélitreuillage par les forces canadiennes est organisé et exécuté alors que nous sommes encore à bonne distance du port. C'est pourquoi, une fois à quai à Halifax pour faire du carburant, il faut rendre visite à la fois aux autorités locales et à notre matelot hospitalisé.

Pour ce faire, et faute d'autres moyens, le pacha décide de recourir à la voiture du bord; c'est une deux chevaux fourgonnette (photo 14) et nous voilà donc partis en grand uniforme, le chauffeur et le pacha devant et moi même, capitaine de compagnie du malade, accroupi à l'arrière. Or, pour gagner le centre ville depuis le port, il faut traverser un pont...à péage et nous n'avons pas le moindre sou vaillant canadien ! Le commandant qui a une sainte horreur de l'anglais, qu'il comprend peu et parle mal, me dépêche négocier avec le gardien du péage qui n'est pas peu surpris de voir s'extirper difficilement de l'arrière de ce drôle de véhicule un officier en tenue, venant parlementer avec lui sabre à la main. Compréhensif, il finit par nous laisser passer à l'œil et tout s'arrange pour le mieux.

Le plus curieux de l'histoire est que notre matelot rallie Brest en avion trois semaines plus tard sans que ni les médecins canadiens, ni les français qui l'examinent à son arrivée ne lui trouvent quoi que ce soit,

Quittons les lieux enchanteurs des îles lointaines et passons du gris au noir.

De retour en métropole, je suis affecté à Toulon sur la « Flore » (photo 15); cet abonnement aux bateaux dont l'initiale est un F ne s'est pas confirmé par la suite. Je passe sous silence la période qui suit, douloureuse pour la sous marinade en général et la promo en particulier, et que Patrice Muller décrit fort bien, si ce n'est pour indiquer que, depuis mon arrivée à Toulon, je partageais mon pied à terre avec Jean Louis Renard-Danin.

De l'école ASM non plus je ne suis pas sorti premier, mais celui qui avait cette place n'étant pas disponible à temps, mon classement m'a valu, après un an sur la Doris, d'être le premier de la promotion expédié aux SNLE.

J'embarque donc sur « Le Redoutable », pour la deuxième série d'essais; à ce sujet, je renvoie les lecteurs à l'excellente interview de « Babar » (photo 16) dans un récent « Cols bleus » (n° 2986). C'e sont les essais armes équipements, et, plombier zingueur, j'ai la charge des armes tactiques, comme adjoint ASM, c'est pourquoi je fais faire des modifications des circuits des tubes lance torpilles pour en arriver à un fonctionnement sans défauts.

Toutefois, l'avant veille de leurs essais à la mer, et, comme j'ai aussi la responsabilité de la coopérative, l'infirmier coopérateur avec lequel je vérifie les comptes, constate malheureusement à mon teint que je suis atteint par la jaunisse, hépatite A, et je n'ai que le temps de transmettre en catastrophe toutes les infos sur les essais au chef du service ASM, avant de rallier l'hôpital Clermont-Tonnerre pour trois semaines.

Rassurez vous, les essais furent concluants quand même, sinon vous en auriez déjà entendu parler. Par mesure de rétorsion, j'ai par la suite demandé et obtenu que le médecin soit en tout le patron de l'infirmier et assume en conséquence la responsabilité de la coop.

Après ces aventures médicales, je suis le premier, avec J.P. Delforge, officier calcul en double, à partir pour la première patrouille opérationnelle du premier SNLE français qui voit aussi la naissance de mon premier garçon, ma première fille étant née deux ans auparavant alors que j'écumais la mer Égée à bord de la Doris.

Retour aux petits submersibles, pour s'entendre traiter de « sous marinier en pantoufles » par de nombreux anciens dont je tairai les noms et qui, plus tard, n'ont cependant eu de cesse d'embarquer sur des SNLE, les commander, voire devenir ALFOST. C'est comme second de la Sirène à Lorient, avec une nouvelle « première » pénible, le 28 octobre 1972.

A cette date, je suis officiellement en permission, évidemment bien méritée au retour d'une longue virée, avec escale à Cardiff, dont nous sommes rentrés avec un tube plein de caisses de Whisky, mais, au lieu de couler en famille des heures paisibles, pour d'affreuses histoires de sou, je suis dans le bureau du commandant, avec mon prédécesseur, Jacques de Roux, cherchant l'origine du trou dans la caisse. Soudain la diffusion crache « alarme voie d'eau sur la Sirène » et nous nous précipitons tous les trois vers l'alvéole sans porte où est accosté notre bateau. Après deux heures de lutte acharnée mais vaine, il part vers le fond, littéralement sous nos pieds.

Une fois le bâtiment sorti d'affaires et entré en carénage, après des jours et nuits sans relâches pour préparer, planifier puis exécuter les opérations de sortie du matériel pour en sauver le maximum, puis un batardeau de fermeture de l'alvéole mis en place pour pouvoir étancher et renflouer le bateau, et embarqué sur un autre sous marin, je m'interroge encore pour comprendre comment nous n'avons pas pu empêcher ce naufrage; à force de réflexions et de calculs, j'en conclue qu'une voie d'eau de la taille du tube lance torpille est irrémédiable malgré la faible immersion de la porte avant du dit tube; en effet, les portes étanches engagées par les travaux d'entretien ne permettaient pas de limiter l'entrée d'eau au seul compartiment avant et le débit dépassait celui des pompes d'assèchement, phénomène à rapprocher de celui d'une entrée d'eau au schnorchel lors d'une avarie de clapet, cause probable d'accidents antérieurs.

Après ce premier poste de second, j'en ai assumé trois autres sur sous marins classiques, suivis de deux ans de commandement de l'Aréthuse (photos 17, 18, 19 & 20) puis un sur « Le Tonnant » pendant deux patrouilles après y avoir fait l'armement les essais et P1 comme CGO; enfin, j'ai terminé ma carrière militaire comme second du « Jules Verne » à Djibouti (photo 21), soit en tout six postes d'officier ou commandant en second; en dépit du titre de ma chronique, serais je une sorte de Poulidor ?

Arrivé à la fin de mes 25 ans de marine, je vous dois encore deux brèves concernant ma seconde carrière, car, de retour à la vie civile, j'ai également réalisé quelques performances.

Tout d'abord, celle d'avoir été le premier de notre promotion à atteindre la hors échelle A, échelon exceptionnel de capitaine de vaisseau pour les marins, certes en tant qu'administrateur civil hors classe, mais ce qui compte c'est ce qui tombe à la fin du mois n'est il pas vrai ?

Enfin, largement plus tard, après avoir gravi la pyramide des emplois fonctionnels jusqu'à être chef de service, j'ai été le premier administrateur civil venant d'un ministère autre que celui des finances à être nommé et intégré dans les corps des contrôleurs financiers et de retrouver la marine en exerçant mes fonctions sur l'ensemble de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur durant cinq ans, avant de prendre mes congés définitifs...à Toulon bien sûr.

Pour conclure, n'est il pas écrit : "Les premiers ..."

 

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