Arnaud d'Escrivan

Mauvais débuts pour un officier en second !

Quand, après mon embarquement sur SNLE, je suis revenu aux « petits submersibles »,  je me suis fait  traiter de « sous marinier en pantoufles » par de nombreux anciens dont je tairai les noms et qui, plus tard, n'ont cependant eu de cesse d'embarquer sur des SNLE, les commander, voire  devenir ALFOST. C'est comme second de la Sirène à Lorient, que j’ai dû gérer une expérience nouvelle  pénible, le 28 octobre 1972.
A cette date, je suis officiellement en permission,  évidemment bien méritée au retour d'une longue virée, avec escale à Cardiff, dont nous sommes rentrés avec un tube plein de caisses de Whisky, mais, au lieu de couler en famille des heures paisibles, pour d’affreuses histoires de sou, je suis dans le bureau du commandant, avec mon prédécesseur,  Jacques de Roux, cherchant l'origine du trou dans la caisse. Soudain la diffusion crache « alarme voie d'eau sur la Sirène » et nous nous précipitons tous les trois vers l'alvéole sans porte où est accosté notre bateau. Après deux heures de lutte acharnée mais vaine, il part vers le fond, littéralement sous nos pieds.

Une fois le bâtiment sorti d'affaires  et entré en carénage, après des jours et nuits sans relâches pour préparer,  planifier puis exécuter les opérations de sortie du matériel pour en sauver le maximum,  puis un batardeau de fermeture de l'alvéole mis en place pour pouvoir étancher et renflouer le bateau, et embarqué sur un autre sous-marin, je m'interroge encore pour comprendre comment nous n'avons pas pu empêcher ce naufrage ; à force de réflexions et de calculs, j'en conclue qu'une voie d'eau de la taille du tube lance torpille est irrémédiable malgré la faible immersion de la porte avant du dit tube ; en effet, les portes étanches engagées par les travaux d'entretien ne permettaient pas de limiter l'entrée d'eau au seul compartiment avant et le débit dépassait celui des pompes d'assèchement, phénomène à rapprocher de celui d'une entrée d'eau au schnorchel lors d'une avarie de clapet, cause probable d'accidents antérieurs.

Après ce premier poste de second, j'en ai assumé trois autres sur sous-marins classiques, suivis de deux ans de commandement de l'Aréthuse  puis un sur « Le Tonnant » pendant deux patrouilles après y avoir fait l'armement les essais et P 1 comme CGO ; enfin, j'ai terminé ma carrière militaire comme second du « Jules Verne » à Djibouti, soit en tout six postes d'officier ou commandant en second ; serais-je une sorte de Poulidor ?