Lionel le Gal de Kerangal

De la Bataille de Navarin et d’une escapade Navale

(histoire sans morale pour ne pas dire amorale)

Nous, La 62, avons été gâtés par un programme « Jeanne d’Arc » innovant : D’abord la Jeanne était toute neuve, ensuite nous avons eu droit à un tour du monde très varié avec quelques moments inoubliables comme l’escale de Rio mais malgré tout un peu « speed ». En effet il fallait compléter notre formation maritime par une formation sur la tactique navale en nous faisant participer, grande innovation, à un « CEF » en Méditerranée en juin 1965 dans la foulée du retour en Métropole.

Tous s’en souviendront : une partie d’entre nous était répartie sur des unités opérationnelles de la Flotte de Méditerranée et d’Atlantique et les autres restaient sur la « Jeanne » pendant une première partie d’exercices puis il y avait permutation. Le sort me désigna pour embarquer avec de Saint-Aubert sur l’E.E. D 625 Dupetit-Thouars qui venait de subir une refonte Tatar et qui était descendu de Brest pour participer à ce super CEF.

L’état major de ce bateau nous accueillit avec beaucoup de bienveillance et nous intégra à la vie du bord très rapidement. Dans ce cadre nous participâmes à quelques exercices avec les autres bâtiments. Très vite, cependant, Le commandant reçut un message lui intimant d’interrompre ses activités sans attendre pour rallier dans les meilleurs délais La baie de Navarin au sud du Péloponnèse pour participer avec un bâtiment anglais à la pose d’une plaque commémorative de la bataille de Navarin et du traité Anglo-russo- français de Londres signé le 6 juillet 1827... La soudaineté de l’ordre et sa rapidité d’exécution ne permit pas de nous transférer sur d’autres escorteurs.

C’était l’échappée belle en quelque sorte!... Nous repassions en version navigation avec escale dans une zone non encore visitée et à la fin du printemps, moment particulièrement propice pour en profiter et apprécier les plages et les sites du Péloponnèse qu’ils soient antiques ou pittoresques.

Le Dupetit-Thouars rallia à vitesse soutenue la baie de Navarin dans laquelle il mouilla entre le petit port de Pylos et l’ile de Sphactérie. Là dans les eaux transparentes de la baie le chef organisa quelques séances de plongée qui permirent de retrouver des boulets de canon souvenir de la bataille navale que nous venions commémorer.

N’étant pas membres de l’équipage, nous n’étions pas concernés par les gardes. On nous embaucha pour faire les chauffeurs de l’état major pour les visites d’Olympie et de la côte sud à l’ouest de Pylos ainsi que celle du fort Turc construit près de Pylos au XVIe siècle encore très bien conservé… De la culture, rien que de la culture !!

Après la cérémonie commémorative, Le Dupetit-Thouars devait se rendre dans la baie voisine pour une courte escale dans le port de Kalamata. Les deux voitures qui avaient été mises à la disposition du Commandant par l’Ambassade de France devaient suivre par voie de terre. Ce sacrifice nous fut imposé. Alors que le D 625 se préparait à appareiller dans l’après midi nous partîmes chacun au volant d’un véhicule pour rallier en musardant le port de Kalamata dans la soirée. Pensum des plus agréable qui nous permit de visiter quelques pittoresques petits ports de pèche très retirés le long de cette côte si découpée.

Mission accomplie nous profitâmes de l’hospitalité des grecs sur les terrasses du port où la bonne humeur et le Sirtaki firent souffler, une fois encore, le vent du dépaysement avant que nous ne reprenions la mer au petit matin pour rallier Toulon où la Jeanne, tous exercices accomplis, était sagement à quai. Nous y retrouvâmes avec bonheur nos habitudes de six mois avant de reprendre la mer pour Brest, y retrouver nos familles et envisager notre vie active de marin et d’officier.