Patrice Muller

Un entraînement un peu "hard" !

Embarqué dès l’automne 67 sur l’Eurydice le premier fait marquant de ma vie de sous-marinier fut évidemment la perte de la Minerve en janvier 68. Nous étions d’ailleurs à la mer  avec le même type d’exercices quand nous apprîmes  la nouvelle. Les Enseignes de Vaisseau RENARD et JEAN-DIT-PRUGNAUD étaient deux camarades de promotion.

Sur l’Eurydice, avec un Commandant comme Moulinaud et un second comme Foillard l’entraînement était permanent et de haut niveau, il faillit cependant un jour mal tourner.

Il était fréquent à cette époque de s’entraîner à contrôler une pointe négative accidentelle résultant en particulier d’un incident sur les barres de plongée. Pour être plus réaliste on n’hésitait pas à  fermer à l’arrière les sectionnements de l’alimentation en huile. Bien entendu, le Commandant, le Second et le Chef étaient de connivence et restaient aux endroits stratégiques, respectivement au CO, au Central et à la propulsion …bien heureusement ce jour là.

Sitôt la presse isolée il ne fallut pas attendre bien longtemps pour entendre le barreur arrière annoncer « avarie de barre de plongée », la pointe vers l’avant se manifesta aussitôt (je ne me souviens pas exactement de notre vitesse initiale mais elle était « normale » soit probablement autour de 6 nœuds) J’entendis clairement  les ordres « stopper » et « arrière 5 » …malheureusement l’opérateur afficha « avant 5 » Le bon en avant fut terrible le pointe s’accentua à toute vitesse. On ne dut qu’aux bons réflexes du Second et du Chef  de repasser par « stop » et « arrière 5 » en un temps record… nous ne perdîmes en final « que » 80 mètres, mais nous étions passé à deux doigts du débordement des batteries avec une pointe de l’ordre de 45°…ce qui entraîne des chutes, celles du personnel en particulier… on en tira réflexions et leçons. En tous cas, je crois qu’à partir de cet incident on ne fit plus que des « simulations » d’avaries de barre donc sans isoler la presse par les sectionnements.