Alain Nicolaïdis

Tzigane sur les traces de la Jeanne

Dans les années cinquante, je faisais partie d'une bande de voileux à la Trinité sur Mer (où j'avais fait ma première sortie à la voile en 1948, à sept ans, à une époque où il n'y avait que huit voiliers dans le port). huit voiliers dans le port...


Près de 1500 aujourd'hui ! De cette bande (Tabarly, Kersauzon, Colas, Malinovski, les frères Vanek, Carpentier…), je suis le seul à ne pas être devenu professionnel de la voile. La voile, c'était ma passion mais j'en avais une autre : dessiner des bateaux. Dans ma famille où règnent les médecins, on ne connaissait guère les autres métiers ; avocat, un peu, mais c'était douteux ; ingénieur, on ne savait pas à quoi ça servait, mais c'était bien vu. Renseignements pris, pour dessiner des bateaux, il fallait faire le Génie Maritime. Soit, mais manque de chance, il fallait au préalable entrer à L'Ecole Polytechnique. Epreuve quasi impossible pour un type comme moi, pas assez doué pour les maths. Mais au prix d'un long et grand effort…et la chance aidant, j'ai fini par avoir la chance d'embarquer un jour avec vous tous sur la Jeanne. Pour les GM, il y avait quelques cours d'architecture navale distillés par ce cher Ladonchamps (quand il n'avait pas le mal de mer) et on était censé développer un projet : j'avais hérité, moi qui rêvait déjà de dessiner des frégates, d'un… ponton grue. J'étais un peu mortifié mais je ne savais pas encore que ce serait le seul “navire” que j'aurais à concevoir malgré une vocation précoce. En effet, ayant compris que j'aurais trop longtemps à attendre avant d'être chargé d'un bateau digne de ce nom, j'avais choisi l'option électronique. Il s'ensuivit une carrière où j'ai fait à peu près tous les métiers sauf dessiner des bateaux. : radars de poursuite, informatisation de la gestion des arsenaux, attaché scientifique à Washington, responsable du Plan Calcul au Ministère de l'Industrie, création d'une société d'informatique Datavision (rachetée 16 mois plus tard par Lagardère), responsable de la Branche Transport à Matra (métro automatiques VAL et automatismes du métro parisien). Puis, Spie-Batignolles où j'ai développé l'activité automatisation industrielle avant d'en devenir le Directeur Général chargé de la stratégie, du commercial et de l'international – avec quelques affaires passionnantes comme le Tunnel sous la Manche.

Donc pas de dessins de fiers vaisseaux et pas beaucoup de temps non plus pour la passion de la voile (après quelques beaux succès en courses de haute mer et une pénible série d'échecs dans mon rêve de sélection aux Jeux Olympiques).

Et pourtant, je n'avais pas oublié que j'avais toujours dit à mes amis professionnels de la voile (et à ma femme qui n'y croyait pas beaucoup) que je prendrai ma retraite à soixante ans… pour faire le tour du monde à la voile.