Philippe Revest

Stage commando en Corse.
De tout petits pas.

En 1972 j'étais chef du stage commando qui, avec le Groupement de Commandos s'était début mars déplacé en Corse. Cette année-la, la fin de l'hiver avait été froide.

Nous avions monté un exercice de fin de stage, le Groupement servant de plastron pour animer les actions du stage commando agissant en unité constituée.

Il avait neigé sur les montagnes dans lesquelles nous étions, et nous avons dû travailler pendant deux jours dans un mètre de neige fraîche.

Et nous avons d'autant plus souffert du froid que, voulant prouver qu'on peut en toute saison n'être équipé que de chaussures en toile souple du genre « pataugas », j'avais décidé que pendant cet exercice nous ne porterions tous que cette chaussure, élèves et instructeurs.

Et la dernière nuit de l'exercice, après deux jours dans la neige, nous avons parcouru les 70Km qui nous séparaient de la BAN d'Aspretto, fin de l'exercice.

J'étais en tête avec mon équipe de commandement, donnant le rythme de la marche. Et, soucieux de l'état de mes stagiaires, je n'avais pas l'esprit à m'occuper de ma petite personne.

J'arrive à la BAN et, tout étant organisé pour l'accueil des stagiaires, je vais rapidement prendre une douche pour pouvoir ensuite en voir arriver le plus grand nombre, et surtout les traînards, les plus fatigués ou blessés.

Je vois alors arriver un des stagiaires, un midship de réserve, un gars très bien. Il vient prendre sa douche au carré, je lui dis, moqueur : « je vous ai vu arriver, untel (j'ai oublié son nom), vous faisiez de tout petits pas, tellement vous étiez fatigué ! »

Je rencontre plus tard un officier-marinier de la BAN que je connaissais, il me dit : « capitaine, je vous ai vu arriver tout à l'heure, vous faisiez de tout petits pas ! » Je ne m'en étais pas rendu compte.

Il faut dire que les pieds de tous avaient été bien abîmés pendant les deux jours dans la neige, et que la marche de 70Km avait achevé de les blesser. Cela joint à la fatigue de tout l'exercice et de cette marche à la mer explique l'état de tous. Quatre ou cinq stagiaires ont eu quelques séquelles de gelures aux pieds, ils n'avaient pas eu pendant l'exercice le courage de faire les gestes élémentaires des soins aux pieds (le pied est « l'objet des soins les plus attentifs »). Autres temps, autres mœurs : on a admiré le comportement du stage commando pendant cet exercice et le mérite m'en est revenu ; si cela arrivait actuellement j'aurais quelques ennuis pour avoir été responsable des blessures des quatre ou cinq stagiaires.