Jacques Rivron

Tahiti ou O Tahiti,
un certain 11 Décembre 1964

A sept heures du matin, je m'habille de pied en cape avec les aiguillettes d'officier d'ordonnance du commandant. Je me pointe chez l'officier de cabinet Renvoisé. Un beau programme pour la journée : un tamara, un cocktail chez le maire et un dîner chez l'amiral du Centre Essais Pacifique, sans compter les vols en Alouette prévus pour le gouverneur, le secrétaire général et le commandant du Victor Schoelcher.


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A dix heures nous partons au tamara en tenue de camping : le Pacha dans la première 403 avec le commandant Fourlinnie et madame, et moi tout seul avec mon chauffeur dans la seconde. Nous empruntons la même route que la veille pour aller dans la presqu'île de Teahupoo. Nous sommes reçus par le chef du district et le gendarme du coin, affublé d'une très jolie casquette rouge. Une centaine de midships et de matelots sont déjà arrivés. Une grande tente a été dressée pour la circonstance et le cochon grille dans les fours depuis la veille au soir.

Le repas débute par du poisson cru, puis du fafa, genre d'épinards, du cochon grillé et des bananes fumées, le tout arrosé avec le cambusard du bord. Ce fut au dessert l'heure des danses et des discours. Le pacha se fit traduire en tahitien, pour se faire comprendre de la population : « Je suis venu de France avec le meilleur des bateaux, la Jeanne, avec le meilleur équipage, avec les meilleurs officiers, et bien entendu avec le meilleur commandant. »

Puis ce fut les échanges de propos avec la population. Je suis tombé sur la case du fils de l'interprète; son prénom était Erlé. Il m'a dit avoir travaillé toute la nuit pour préparer le tamara et me présenta sa femme et ses trois fils. On m'offrit une tasse de café. Pour lui perdu dans la brousse, le général de Gaulle était presque un mythe. Avant de partir, il m'a fait promettre de revenir à Teahupoo pour le revoir. Je lui ai dit que je reviendrai dans trois ans.

Il est quatre heures; c'est l'heure du retour. Avant de partir, le pacha très en forme me dit : « Mais, mon vieux, tu as mangé comme un cochon. » J'avais renversé du jus de noix de coco sur ma chemise et mon short blancs.