François Romieu

Etre trop grand peut être gênant

En 1986, j'étais affecté auprès du général commandant les FAZSOI. Mon boulot comprenait la recherche de renseignements dans les pays de la zone, dont Madagascar. Au dire de l’ambassadeur de l’époque, après de longues années tournées vers les pays communistes, principalement l’URSS et la Chine, sous le gouvernement du président Ratsiraka (EN promo 60), on assiste à un retour de balancier vers la France avec laquelle le coopération tant civile que militaire n’a jamais été interrompue, continuant régulièrement tel un cours d’eau souterrain. Chinois et soviétiques surtout constatent bien sûr ce changement de cap, et quand le 24 mai 1986 un DC 3 de l’armée de l’air transportant l’amiral Guy Sibon, ministre de la défense, le secrétaire général du ministère et le général CEM s’écrase sans laisser de survivant, on y voit un attentat commis par les soviétiques qui entretiennent ces vieux avions.

Mon général décide d’aller à la cérémonie des obsèques des victimes, accompagné du lieutenant-colonel commandant le RPIMa de la Réunion, camarade de promotion de feu le général malgache et de moi, marin comme le président et l’amiral Sibon.

Nous nous retrouvons en grand blanc dans le stade de Tananarive, placés aux côté des officiers malgaches alors que les autres délégations étrangères sont regroupées à part. On ne peut pas ne pas nous remarquer d’autant que nous sommes les seuls en blanc. La cérémonie dure 6 heures au bout desquelles le président Ratsiraka, visiblement ému, prend la parole pour ce que nous croyons être un éloge funèbre ; après une dizaine de minutes en malgache, le président s’adresse directement à nous trois en français, nous exprimant sa vive reconnaissance pour notre présence et évoquant sans équivoque les liens qui unissent depuis si longtemps Madagascar et la France. Emotion, stupéfaction, nous sommes invités à aller saluer le président qui a une parole aimable pour chacun de nous. Il paraît que les délégations des pays de l’est grinçaient des dents. Pour clore la cérémonie, je suis prié d’aller porter avec des officiers malgaches le cercueil de l’amiral Sibon pour un tour de piste. Je suis en tête des porteurs, plus grand que mes collègues malgaches, le cercueil est en ébène et sous le poids du fardeau, je suis obligé de plier les genoux pour être à la hauteur des autres porteurs, un calvaire pour boucler le tour de piste… Grande journée nous dira l’ambassadeur, qui marque sans conteste le revirement officiel du pays vers l’occident démocratique et libéral.