Claude Subra

Sacré Piper Navajo PA31

Le Lynx WG13 est un hélicoptère faisant partie du programme de coopération franco-britannique pour la construction d’un hélicoptère embarqué. Le Lynx est 100% britannique, construit par Westland Helicopters. Je fus désigné par le SCaéro et la DGA comme président de son approvisionnement initial. Cette fonction réclamait de me rendre avec mon équipe, chez Westland à Yeovil (Comté de Somerset), 3 jours par semaine, pour étudier et arrêter les commandes de rechanges.

A condition, d’avoir prévu mon nombre de missions annuelles, j’étais libéré de toutes demandes implorantes pour faire mon travail. J’avais même obtenu un Navajo à notre disposition le mercredi au départ du Bourget le vendredi pour le retour. Quand cet avion n’était pas disponible, Saint Raphaël prenait le relais.

J’avais pris aussi un abonnement aux incidents. Lorsqu’ils me voyaient les pilotes de Dugny faisaient semblant de se sauver.

Le 23 décembre vers 16 heures nous revenions de Yeovil en Navajo. J’étais en place arrière et comme toujours je rédigeais pendant le voyage mes rapports sur le travail de la semaine. Tout à coup, un claquement sec, la porte arrière venait de se déverrouiller. Toujours attaché à sa partie basse, le panneau supérieur de la porte commençait à s’écarter dangereusement. Passager le plus proche de l’issue, je réussis à la saisir du bout des doigts sans grande prise. Un de mes officiers détacha sa propre ceinture me la passa autour de la poitrine pour me tenir. Je pus me dégrafer du siège et maintenir un peu mieux la porte instable. Le copilote est arrivé mais n’a pas réussi à refermer, une languette de verrouillage s’était cassée. La situation n’était pas confortable, en plein milieu de la manche avec -15 degrés à 9000 pieds, si la porte s’était arrachée brutalement elle aurait pu détériorer l’empennage et la profondeur.

Je ne pouvais même pas mettre mon gant, l’empreinte de préhension était trop faible. Je maintins ainsi la porte au quart-ouverte, dans le fracas du vent, mes doigts s’engourdissaient. Mon adjoint me tenait, je tenais la porte.

Vingt longues minutes, les doigts violets gelaient.

Le pilote annonça qu’on venait de franchir la ligne de côte. Je le prévins que j’allais lâcher. Je laissai partir le panneau doucement vers le haut, là je le tenais à pleines mains mais le froid était insupportable. Le panneau fini par s’ouvrir et s’élever à la verticale. Heureusement, il resta fixé à ses gonds sur la cellule et teint bon jusqu’à la fin du vol. Nous sommes rentrés frigorifiés mais sains et saufs.

S’il y avait eu à bord une simple sangle assez grande, l’avarie aurait été réparée ou du moins minimisée.

Un vendredi à 14 heures les matelots féminins de Yeovilton venaient de faire le plein d’huile et d’essence du Navajo. Après 10 minutes de vol, une vitre de bâbord se colora de liquide jaune, puis ce fut la même chose à tribord. Toute l’huile des moteurs était aspirée. Nous revînmes très vite à la base. Les filles ne connaissaient pas notre type de bouchons, mal verrouillés, ils s’étaient desserrés. Encore quelques minutes de vol et le Navajo devenait un fer à repasser.

Par une belle matinée de printemps vers 8 heures, ciel clair, (c’était rare), vent 4 nœuds dans l’axe, à l’approche sur Yeovilton. Sans avoir rien compris à ce qu’il se passait, un gros avion noir en phase de décollage surgissait devant nous roulant encore sur la piste. Notre pilote a remis les gaz, rentré les volets et fait un break de justesse sur la gauche. L’engin est passé à coté du Navajo dans un bruit d’enfer. Je n’ai jamais su qui avait fait la faute. Adrénaline garantie.

Une autre fois, à l’approche de Yeovilton, le pilote avait sans doute voulu rééquilibrer les réservoirs de carburant du Navajo. Le moteur bâbord s’arrêta, suivi du moteur tribord à 800 mètres d’altitude. Le vol libre dura de très longues minutes, de trop longues minutes. Un moteur repartit, aidé par le moulinet des hélices, puis le second. Un autre tour de piste, était inutile nous étions au ras des pâquerettes, il n’y eut qu’un petit rebond. Je me souviens qu’à l’époque, il y avait des gros problèmes sur les robinets électriques de transfert des réservoirs.

Je ne m’étendrai pas sur les nombreux atterrissages dans le brouillard avec des plafonds à moins de 100 mètres. Yeovil a un climat sensiblement identique à la Basse Normandie. Heureusement le Navajo était assez bien équipé pour les approches sans visibilité, et puis je n’allais pas ronchonner, tout le monde n’avait pas un avion à sa disposition.