Claude Subra

L’ARME

Fonction : CST Ban St Mandrier.

A 17 heures, un officier de sécurité de Toulon m’apporta 4 pingers, il me fit signer la décharge puis sortit sans un mot. Les pingers étaient de petits émetteurs comportant une pile à eau de mer et pouvant émettre un signal sous l’eau pendant très longtemps.

Le soir même, un camion bâché, 2 jeeps et 4 motards, pénétraient sur la base.

Le camion fut dirigé vers un hangar, un grand conteneur fut déchargé et placé à la surveillance de 6 commandos Marine. La 33 F avait reçu l’ordre de transporter ce conteneur sur le Clémenceau, le lendemain matin. L’amiral porte-avions était l’amiral K, ancien guerrier d’Indochine, véritable chef de guerre envers lequel j’éprouvais une grande admiration.

Le centre d’expérimentation pratique aéronautique (CEPA) de Saint Raphael avait étudié la procédure de mise en place du conteneur dans le Super Frelon et devait venir le lendemain à 8 heures pour exécuter cette opération.

Huit heures était l’heure de mon arrivée à mon bureau.

Je m’enquis de la situation auprès du CGA. Il était morose, il m’avoua que le CEPA, son ex-service, avait renoncé à venir parce que la procédure n’avait pas été validée.

Je criai, hors de moi «C’est une trahison !».

Il me répondit que sans le CEPA, il ne sera pas possible de passer le conteneur par la porte arrière du Super, il n’y a que quelques millimètres de jeux dans deux dimensions. On doit renoncer.

« Certainement pas, il n’est pas question de laisser tomber K ».

J’appelai le commandant de la 33F.

« Je prends sur moi la responsabilité du non-respect de la procédure, mais comme vous devrez débarquer le conteneur à bord du Clémenceau, il vaut mieux que vos équipes fassent le boulot ».

Il s’agissait d’un missile Air Sol Moyenne Portée, qui devait être monté sur Super-Etendard. Je connaissais ses sécurités, il était moins dangereux qu’un demi-verre à liqueur de nitroglycérine, mais le simple mot « nucléaire » est un tabou qui fait frémir.

Il était 8h30, avec le commandant de la 33 F et ses hommes, nous avons préparé cette mise en place, avec un Fenwick, un portail à palans, des vérins, des petites barres d’acier rondes, des tréteaux, une vingtaine de bras. Le conteneur pesait une tonne environ mesurait 6,50 mètres je crois.

Nous avons commencé à hisser le conteneur horizontalement jusqu’au niveau du plancher du Super qui lui, n’était pas horizontal. Nous n’avions presque pas de degrés de liberté, c’est pourquoi le CEPA avait renoncé.

Il fallait tâtonner et le conteneur finit par rentrer en marsouinant sur quelques centimètres, puis sur 7 mètres de plancher. Je fis fixer deux pingers espacés sur la cellule du Super Frelon et deux pingers sur le conteneur aux endroits prévus à cet effet. En cas d’accident et de dispersion, une triangulation du repérage aurait été plus facile. Je remerciai et félicitai tous les participants.

À 11heures 30 l’hélicoptère et l’arme étaient à bord du Clémenceau, en attente au mouillage dans une rade, paré à appareiller.