Claude Subra

Les cocardes de la honte

Lorsque je suis arrivé à Saint Mandrier j’ai trouvé le parc de HSS1, stocké dans un Hangar depuis juin 1979 date de leur retrait. Les 10 ou 12 hélicoptères ne me dérangeaient pas outre mesure, jusqu’au jour où mon adjoint me rendit compte qu’il devait prélever du personnel sur les équipes Lynx pour effectuer des travaux périodiques de stockage sur ces HSS. Nous manquions assez de personnel pour ne pas se trouver du travail supplémentaire du ressort des domaines ou du ministère des finances. Ces engins ne nous appartenaient plus.

Je téléphonai au capitaine de vaisseau adjoint technique auprès l’état-major Aéro.

Toujours très efficace, il me répondit dans les délais les plus courts. Les HSS venaient d’être vendus et seraient retirés de Saint Mandrier dans le mois. Sur cette information j’ai ordonné une vérification de l’intégrité, un lessivage soigneux des cellules et un stockage de longue durée en milieu maritime. Les HSS1 portaient fièrement la cocarde bleu, blanc, rouge avec liseré jaune, l’ancre noire et MARINE en blanc, fiers emblèmes de l’aéronautique navale.

Les anciens d’Algérie, la larme à l’œil, regardèrent partir sur une barge ces prestigieuses machines, qui emportaient toute leur histoire. J’étais moi-même touché, par empathie.

Et puis trois mois après, le scandale arriva sous la forme d’un article incendiaire rédigé par un envoyé spécial aux philippines. Il avait pris pour l’AFP, plusieurs photos des HSS avec nos magnifiques cocardes et pour libellé ce texte approximatif : La France apporte ouvertement son soutien au dictateur philippin pour réduire la rébellion de son peuple libre.

Évidemment je me suis retrouvé en première ligne des responsables de cette prétendue intervention française puisque j’avais oublié de faire enlever les cocardes que je trouvais si belles. Mais allez raconter cela. Le ministre de la défense a rédigé un démenti. Le capitaine de vaisseau a quitté son poste pour aller chez Dassault mais de toutes façons, il n’y était pour rien. J’ai laissé passer l’orage et les insultes, je venais de signer l’arrêt de mon avancement du moins c’est ce que l’on m’avait promis.