Jehan Marion

Amirauté, amiral

Introduction

«Passez-moi La Pérouse !»

Pardonnez l'impertinence de cette introduction, mais cette tragique sollicitude de Louis XVI : «a-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ?», traduit une attitude du pouvoir vis-à-vis du militaire qui laisse rêveur.

Etrangeté du milieu maritime, rivages méconnus, liaisons précaires : Dieu, qu'il était vaste alors le champ d'initiatives de l'amiral ou du chef d'expédition !

Il appareillait avec des instructions d'autant plus allusives que la campagne serait lointaine, ignorant tout des évènements politiques ultérieurs (combien de combats navals se sont poursuivies au-delà des traités de paix, par la faute d'une corvette encalminée ?) …. Traditionnellement «seul maître à bord après Dieu», le Seigneur de la mer était surtout seul face à lui-même, confiant l'avenir à son intuition, faiblement éclairée par de rares renseignements, douteux de surcroît.

Dès lors que «les ondes couvrent l'onde» et que l'opinion publique s'émeut en temps réel d'une action engagée aux antipodes, comment le pouvoir réagirait-il de nos jours devant le comportement d'un Villegagnon en baie de Rio ? L'entêtement d'un d'Estrée aux îles d'Aves ? Les atermoiements d'un Villeneuve à Cadix ? La canonnade de Navarin ?

Pour éclairer cette question, je caractériserai d'abord à grands traits l'évolution des opérations maritimes au cours des deux derniers siècles, puis je tenterai, à travers quatre exemples contemporains, de décrire les contraintes qui s'imposent désormais aux amiraux, pour estimer enfin le niveau d'autonomie qu'ils conservent.

Réflexions historiques

L'isolement du commandement à la mer, avec obligation d'initiatives hors de tout contrôle supérieur, apparaît à l'évidence dans l'histoire maritime comme dans l'aventure coloniale. Combien de terres prises en possession «au nom du Roy» sans qu'il en soit avisé, combien d'alliances nouées avec les potentats locaux sans desseins diplomatiques ?

Revenons donc sur les quatre «mésaventures» que je viens d'évoquer, pour mieux en mesurer l'anachronisme :

En 1555, Henri II, soucieux de calmer la tension entre parpaillots et papistes, mais aussi désireux de contrer l'expansion portugaise, met à la disposition de Coligny, amiral de France calviniste, une petite flotte chargée de créer une colonie protestante en «France antarctique», c'est-à-dire à partir de la baie de Rio, déjà bien connue. Nicolas de Villegagnon, chevalier de Malte de grande expérience, nommé chef de l'expédition, la soumet à ses exigences morales personnelles: il confine les futurs colons sur deux îlots fortifiés (pour éviter la dépravation des moeurs que ne manquerait pas d'entraîner la fréquentation des indigènes) et impose dans ce chaudron une contrainte métaphysique au sujet de «la présence réelle», déclenchant une guerre de religion avant la lettre. L'aventure tournera au désastre.

Un siècle plus tard, Jean II, comte d'Estrée, neveu de la Belle Gabrielle, colonel à 13 ans, rejoint la marine à 44 ans en qualité de lieutenant général des armées navales. Son incompétence maritime, qui est unanimement reconnue par les officiers tant anglais que français, qui lui imputent l'échec du Texel, n'a d'égal que son autoritarisme hautain. Si une campagne victorieuse aux Antilles contre les hollandais peut être portée à son crédit, elle s'achève par la catastrophe des îles d'Aves, où par entêtement il perd son escadre sur les récifs (7 vaisseaux, 3 frégates et 7 bâtiments divers) … ce qui ne nuit aucunement à sa carrière ! «Il ne faut rien connaître à l'histoire maritime pour appeler un navire d'Estrée», écrira l'amiral Daveluy.

Inversement, le malheureux Villeneuve sera poussé au suicide.
Et pourtant : sur ordres de l'empereur quatre amiraux doivent joindre leurs flottes aux Antilles, pour revenir en force vers la Manche. Tous ont déjà mesuré la supériorité anglaise. L'Empereur ne les consulte même pas sur le réalisme de son plan : est-il convenable ? réalisable ?, et si oui quels modes d'action choisir ? Non ! Il fait sur l'ennemi des hypothèses optimistes, et réitère ses ordres, détaillés et péremptoires.
Villeneuve rejoint la Martinique, n'y trouve pas l'escadre de Rochefort, retourne large de l'Espagne, fait jonction avec celle du Ferrol et rentre s'enfermer à Cadix. Ulcéré d'être traité de couard, il ira sciemment au massacre, faisant par l'absurde la preuve qu'il voyait juste.

Vingt deux ans plus tard, ce sont trois amiraux alliés, français, anglais et russe, qui se retrouvent devant la flotte ottomane (en fait égyptienne) mouillée à Navarin.

Croyant voler au secours des grecs opprimés, suivant en cela une opinion publique bouleversée («le massacre de Chio» comme «l'enfant grec» en témoignent), soucieux pour les uns de sauver la mère des démocraties et pour l'autre le frère orthodoxe, ils ignorent les objectifs réels de leurs gouvernements respectifs : calmer le turc sans l'anéantir pour les deux premiers, car l'empire ottoman est le verrou qui interdit la Méditerranée à l'empire russe, le Tsar ayant bien entendu des visées inverses. Dans ces conditions, l'ordre reçu aussi est ambigu qu'irréaliste: «imposer l'armistice sans combattre». Mais au premier coup de feu turc, la canonnade éclate entre les navires encalminés, pour aboutir à la destruction totale de la flotte de Mehemet Ali : «évènement malencontreux» conclura laconiquement Wellington.

Mieux qu'avec des affaires glorieuses, dans lesquelles le pouvoir vole au secours de la victoire, ces quatre exemples montrent bien dans quel isolement, et parfois avec quelle impudence, imprudence ou impunité, pouvaient agir les amiraux. L'évolution technique sonnera, lentement mais sûrement, le glas de cette liberté :

Conséquence de cette évolution : au cours du XXème siècle, le «Seigneur de la mer» commande de plus en plus … depuis la terre, et le «plein commandement» d'une mission peut être réparti entre le commandant opérationnel (qui défini la mission et en contrôle l'exécution), le commandant tactique (chargé de l'exécuter et qui, à ce titre, est généralement sur les lieux de l'action) et le commandant organique (responsable de la préparation des forces engagées et de leur soutien). L'amiral a perdu sa solitude d'antan, initiatives et décisions sont partagées entre plusieurs «seigneurs» condamnés à une concertation permanente.

A titre d'exemple, durant la bataille de l'Atlantique, si d'un côté l'amiral Doenitz conservait encore le plein commandement des U.bootes depuis son PC de Kernevel (tout en consentant de fait une grande liberté d'action à ses commandants), de l'autre, les chefs des convois alliés n'exerçaient que le commandement tactique des navires sous leur responsabilité, le théâtre atlantique étant unifié par la surveillance aérienne depuis les Açores, Terre-Neuve, l'Islande et la Grande Bretagne.

Enfin, dernier avatar, la guerre froide à donné au pouvoir politique l'habitude de peser non seulement sur la conception des opérations maritimes, mais aussi sur leur déroulement : le contexte stratégique le justifiait, les progrès techniques le permettent.

Qu'en est-il aujourd'hui ?

Jusque vers la fin du XIXème siècle, l'amiral jouissait encore à la mer d'une extrême liberté d'action, qui conférait à la fonction un «lustre» particulier, quelque peu romantique.

Au XXème siècle, si le grade sonne toujours bien et intrigue encore, les véritables responsabilités se trouvent de plus en plus exercées depuis la terre, le commandant de force maritime n'étant plus qu'un «exécutant».

Pour illustrer cette situation, je vous propose quatre «affaires» maritimes récentes, très médiatisées pour deux d'entre elles, menées par quatre amiraux aux fonctions diverses, couvrant l'ensemble des responsabilités qui peuvent leur être confiées de nos jours.

FOST, années 80

La guerre froide bat son plein. La permanence de la dissuasion française est assurée par quatre SNLE, effectuant chacun 250 jours de mer par an. L'amiral commande l'ensemble des Forces sous-marines depuis son PC souterrain de HOUILLES : un «plein commandement» peut-on dire dans son cas, seule la «posture stratégique» (nombres de SNLE prêts à tirer et dans quel délais) étant ordonnée par le Président de la République.

Mais, dans les faits, ce «seigneur de la mer» est un aveugle bavard qui commande à des muets ! Quoi de plus frustrant, en effet, que d'abreuver jour et nuit, des mois durant, d'ordres et de renseignements, des navires dont on ignore jusqu'à la position, et qui jamais ne répondent. Le seul contact de l'amiral avec chacun d'entre eux se résume, dans le meilleur des cas, aux deux jours d'essais semestriels précédant la patrouille, et s'achève immanquablement suspendu sous l'hélicoptère qui le ramène à terre, tandis que le sous-marin s'éloigne en plongée «vers les choses sérieuses». Et néanmoins il reste le seul garant, devant les plus hautes autorités de l'Etat, de l'efficacité de la dissuasion.

L'exercice de ce commandement, qui exige une confiance extrême en ses subordonnés, réside donc pour l'essentiel dans l'art de choisir les hommes, côtoyés de longue date au sein des forces sous-marines.

On retrouve ici la fameuse «bande de frères», mais cette fois Nelson reste à terre et chacun mène indépendamment son vaisseau.

Adriatique, printemps 1999

Les exactions serbes au Kosovo conduisent l'OTAN à engager des force aériennes et navales : c'est l'opération «Allied Forces». Bien que ne faisant pas partie de l'organisation intégrée, la France y participe avec une force aérienne, basée en Italie, et une force navale, déployée en Adriatique : c'est l'opération «Trident».

Je n'évoquerai pas ici le déroulement de cette affaire, mais décrirai seulement dans quel contexte militaro-diplomatique s'inscrivait l'action de l'amiral français embarqué sur le Foch.

Allied Forces regroupe, sous commandement OTAN, des bâtiments américains, britanniques, italiens et allemands. La TF française, comme la 6ème flotte US, reste elle sous commandement national, détachée mais non intégrée, mais comprend une frégate anglaise pour concrétiser la récente «déclaration de Saint Malo» du Président Chirac et de monsieur Blair. Les SNA américains et français restent strictement sous commandement national, selon une règle admise depuis la guerre froide. Enfin, pour assurer une visibilité à l'UEO, alors que l'on parle du pilier européen de l'OTAN, la France détache un bâtiment au sein de l'EUROMARFOR qui, sous commandement tournant, est mise sous contrôle de l'OTAN.

Du point de vue politique, les structures sont bien évidemment tout aussi complexes : chaque gouvernement veut contrôler les frappes aériennes ordonnées par l'OTAN à ses propres forces, en liaison avec ses homologues du groupe de contact, de l'UEO et …même du G8.

Dans cet écheveau de «responsables» la liberté du «seigneur de la mer» se réduit à … décrypter l'ambigu au milieu du contradictoire, à la lueur d'un oukase : «pas de bavure !». En liaison permanente avec le PC OTAN, l'EMA, le cabinet militaire de l'Elysée et celui du Mindef, avec les amiraux de Toulon pour le soutien, et ses homologues étrangers pour la coordination, l'amiral remplira la mission avec succès au prix de risques sciemment encourus par les pilotes de l'aéronautique navale.
Mais je ne puis m'empêcher de croire que dans de telles circonstances l'adversaire n'était pas sa principale préoccupation.

Golfe de Gascogne, 11 décembre 1999

Temps de chien. Trois opérations d'assistance en mer sont en voie d'achèvement ce samedi matin quand le pétrolier Erika déclare une avarie de machines, puis annonce peu après qu'il poursuit sa route. Dimanche, 6 heures du matin : l'Erika demande assistance immédiate, craignant de s'ouvrir en deux. La marine déclenche une opération d'évacuation, et c'est une ronde d'hélicoptères qui parvient, dans des conditions exécrables, et en prenant des risques considérables, à sauver dans la matinée tout un équipage paniqué.

Affaire rondement menée et magnifiquement exécutée ? Et bien non ! Comme le résumera après coup l'un des commandants d'hélicoptère engagé : «26 vies arrachées à la mer, et beaucoup d'autres désagréments en perspective».
En effet, conséquence de l'inévitable pollution, trois officiers supérieurs sont mis en examen, et l'amiral préfet maritime longuement entendu par le juge d'instruction. Mais je lui laisse la parole1:

1 Extraits d‘un entretien paru dans la Revue Maritime de février 2001

«… le motif de mise en examen me paraît particulièrement grave “ abstention volontaire de prendre des mesures de nature à combattre un sinistre…”. De quelles mesures s'agit-il ? Je n'en ai pas connaissance. Et nous ne les aurions, volontairement, pas prises ? J'ai du mal à comprendre… Les media ont, je le pense sincèrement, manqué de mesure dans les compte rendus de ces mises en examen : s'appuyant courageusement sur des “témoins qui préfèrent garder l'anonymat”, à moins que ce ne soient des “experts proches du dossier” (mais toujours aussi anonymes !) ils ont pu parler d'“incompétence hallucinante”, de “gens de permanence absents de leur poste”, alliant, à mon sens, l'injure à la diffamation. J'ai exercé – sans illusion – mon droit de réponse à l'égard de quatre journaux, mais, bien sûr, le mal était fait.
…. (venons-en au) magistral cafouillage de la «deuxième nappe» née le 26 décembre de la vision par un pilote, dans un temps exécrable, et à la nuit tombante, de quelque chose de suspect... J'ai tout de suite décidé pour le lendemain une série de vols pour confirmer… si possible cette hypothétique nappe, et j'avais décidé de ne pas en rendre compte sans être sûr de moi. Mal m'en a pris puisque, Paris ayant été mis au courant (par qui ?), les journalistes ont pu me prendre en défaut de communication : je ne parlais pas de ce qui était considéré comme une évidence et annoncé partout, je cachais donc quelque chose. La réalité a été confirmée le surlendemain : fausse alerte, mais le mal était fait….

L'autre enseignement que j'ai tiré est un peu parallèle. J'ai trouvé…. l'administration parisienne très frileuse face à l'information et la communication. Ou bien on ne me croyait pas, j'étais pourtant sur place et rendais compte aussi fidèlement que je le pouvais, ou bien mes informations étaient considérées comme «inexportables».

Observant l'amertume d'un amiral face une administration soumise à une opinion publique mal informée, me reviennent ces mots de Bougainville à Rousseau : «Je suis voyageur et marin, c'est-à-dire menteur aux yeux de cette classe d'écrivains paresseux qui, dans l'ombre de leur cabinet, philosophent à perte de vue sur le monde et ses habitants et soumettent impérieusement la nature à leur imagination…»2

2 En octobre.…2007 !...tous les officiers ont été relaxés à l'issue du procès, et félicités à travers les propos du Procureur de la République.

Mais, sans quitter les démêlés des amiraux avec les media, rendons nous aux antipodes3 :

3 Résumé de l'entretien accordé par l'ALPACI de l'époque à la revue de l'AEN en janvier 2004

Mururoa, juillet-octobre 1995

Le Président de la République ayant ordonné la reprise des essais nucléaires, il était évident que Greenpeace viendrait «fêter» le 10ème anniversaire du Rainbow Warrior … et le 50ème d'Hiroshima. Effectivement, le 9 juillet au matin, les commandos marine interceptent le bâtiment qui voulait forcer les passes de Mururoa. Malheureusement les moyens d'émission TV du CEP étant en panne les seules images diffusées dans le monde entier sont celles de Greenpeace ! Désastre médiatique : les téléphones avec Paris sont au rouge vif !

Analysant cet échec, l'amiral, en coordination avec le Haut Commissaire (représentant du gouvernement en Polynésie) et le général DIRCEN, prévoit pour la campagne de tir un véritable PC doté de moyens de transmissions améliorés. Il reçoit quelques renforts et surtout imagine des tactiques d'interception / neutralisation mieux adaptées à la «menace» principale, qui est la bavure médiatisée.

Le battage médiatique est alors tel que l'on voit affluer à Tahiti les journalistes de la presse écrite, ceux de la radio, et jusqu'à quarante équipes de TV … alors qu'il ne se passe rien (mais il faut avouer que le site est plaisant !). Dans cette ambiance, grisée par son demi succès de juillet et forte du soutien d'une partie de la communauté internationale, Greenpeace est convaincu qu'il ridiculisera les armées et fera plier la France. Pour les contrer, une campagne est lancée depuis les salles de presse gérées par le SIRPA à Mururoa et à Papeete, qui accueillent les journalistes et facilitent leur travail. Elle s'appuie sur trois thèmes clairs: Greenpeace s'est militarisée ; nos moyens sont locaux et mesurés ; notre seule mission est d'assurer la sûreté des essais. Enfin, pour désamorcer préventivement d'éventuels cris de victoire de Greenpeace, on expose les limitations que nous nous imposons pour éviter tout risque d'atteinte aux personnes.

A chaque bateau de la «flottille contestataire» on remet dès son arrivée sur zone une «lettre de l'amiral», qui rappele les interdictions et précise que la Marine veillera sur sa sécurité. Chacun des gros bâtiments (Rainbow Warrior II, Greepeace et goélette Manutea) est marqué en permanence par un patrouilleur avec commandos et équipe de TV.

Jusqu'à la fin du mois il faut, avec calme, essuyer provocations et injures quotidiennes. Le 1er septembre, à 3 heures du matin, 9 zodiacs fortement motorisés suivis du Rainbow Warrior II, se précipitent vers les passes. Dès son entrée dans les eaux territoriales ce dernier est investi, ses antennes détruites et sa passerelle occultée pour éviter qu'il ne filme de l'intérieur. A 7 heures 30 tous les zodiacs sont neutralisés. A 8 heures locales les «journaux de 20 heures» de TF1 et France 2 ouvrent sur des images prises par le SIRPA. La liaison directe avec les deux chaînes est établie une demi-heure plus tard, juste avant que le Greenpeace soit investi à son tour.

Le moral des contestataires s'effondre, et c'est par dépêches qu'ils apprennent le premier tir du 4 septembre. La capture du Manutea le 1er octobre donne le coup de grâce, juste avant le 2ème tir.

Il semble évident que dans cette affaire le souci majeur, sinon unique, de l'amiral ne se situait pas dans l'explosion prochaine de bombes thermo-nucléaires, mais dans l'anticipation et la maîtrise de la manoeuvre médiatique : ce paradoxe donne à réfléchir !

Que conclure ?

Pour respecter le terme d'émir, en m'en tenant donc aux seules fonctions «de commandement» remplies par des amiraux, les exemples qui précèdent montrent que, dès qu'une affaire un tant soit peu importante se déclare, le «seigneur» est environné d'autorités bien peu préoccupées par la «mer», des «émirs al diwan», pour donner un titre également exotique aux chefs de cabinet.

Quand bien même il est le seul à pouvoir imaginer les conditions dans lesquelles se déroule l'opération et à connaître les limites des possibilités, la liberté d'action de l'amiral est contrainte de toutes part :

Dans les faits, les mêmes techniques qui ont décuplé ses possibilités d'agir sur les évènements, entravent son pouvoir à les maîtriser.

On pourrait longtemps énumérer, d'un ton navré, les aspects de cette évolution (qui n'est d'ailleurs pas spécifique à l'amiral, même si, dans son cas, on la perçoit mieux), et il serait bien vain de regretter le bon temps ou, hors de l'ordre commun, on considérait que ceux qui étaient en mer n'étaient ni vivants ni morts.

Non, même semées de tous ces pièges terrestres, et bien moins personnalisées que par le passé, les fonctions confiées aux amiraux, infiniment variées, souvent imprévues, demeurent passionnantes dans un monde qui se banalise.

Les «seigneurs de la mer» attireront toujours des vocations !


Bibliographie :