Le LCVP de Nouméa

Un certain 30 décembre 1964

Extrait du journal de bord de Jacques Rivron (poste 10):


Jacques Rivron

Appareillage discret dans le petit matin de Nouméa. Nous partons pour débarquer vingt kilomètres plus au sud. Nous avons embarqué pour la circonstance un général, un amiral et beaucoup de biffins. Je n'ai rien vu de l'exercice puisque j'étais de quart au fin fond du bâtiment.

Il paraît que ce fut une vraie partie de plaisir. Un des deux LCVP a coulé avec cinquante midships à bord. Il a fallu écoper avec les casques. Il y eut des réflexions fameuses : « Je ne savais pas qu'on m'avait donné un pistolet à eau. » Le tir contre la terre a aussi été des plus fameux. Sur cinquante obus à tirer, on en a tiré que sept, parce qu'ils ne voulaient point exploser.

Le chef opérations s'est fait engueuler par le pacha pour cette brillante journée opérationnelle. Et le Petit singe de pleurer : « J'en ai marre de toujours me faire engueuler ; on me prends toujours pour un ... . Et puis c'est plus un bateau, c'est un pénitencier. » Le général lui est parti fort mécontent en disant : « C'est sûrement pas avec les marins qu'on gagnera la prochaine guerre. » Quant à l'amiral plus jovial, il déclara tout simplement « qu'il s'était bien amusé. »

On repart à nouveau devant Nouméa pour aller s'embosser à l'anse Ducos. On mazoute toute la nuit. Je suis piquet de quai pour la rentrée des derniers permissionnaires. Mon Dieu ! Quel travail pour faire embarquer sur les chaloupes revenant à bord les derniers permissionnaires de minuit.

L'épisode du LCVP à Nouméa

Extrait du journal de bord de Jean-Jacques Vollmer:


Jean-Jacques
Vollmer

Tout le monde s'en souvient, ce fut un des hauts moments de la croisière de la Jeanne.

Voilà ce que j'avais écrit à l'époque…

Appareillage à 6 heures le 30 décembre pour un exercice de débarquement épique sur la côte sud de la Grande Terre, à l'embouchure de la rivière des Pirogues.

Cela a très mal commencé : 50 coups de canon devaient être tirés, en appui de feu pour notre débarquement. Avarie ou incapacité des opérateurs, je ne saurais dire, mais en deux heures on ne tira que six coups…Le général biffin qui assistait au tir était paraît-il assez vexé. Pendant ce temps, nous avons attendu sur le passavant, en tenue de combat.

Puis vint enfin l'ordre de débarquer. Et tout le monde de se précipiter sur les filets et de descendre dans les LCVP. Débarquement avec de l'eau jusqu'à la cheville. Puis, progression en section jusqu'au sommet dominant la presqu'île. Montée épuisante s'il en fut, sous la chaleur, la pente abrupte et le terrain pourri s'effritant sous nos chaussures. Mais pluie bienfaisante en arrivant en haut, je n'ai jamais autant apprécié une ondée. Ensuite, on est redescendus vers l'ennemi, et on est arrivés… juste au moment du cessez-le-feu. Les hélicoptères étaient de la partie, ne servant pas à grand-chose finalement, mais profitant pleinement du paysage. Transfert en camions, marche, et embarquement dans les LCVP.

C'est là que se place la partie folklorique de l'affaire, car, jusqu'à maintenant, bien que l'opération n'ait pas été une réussite, loin de là, tout s'était passé à peu près correctement. Mais voilà : les deux LCVP ne devaient faire qu'un seul voyage, ce qui faisait beaucoup de monde à bord à cause des commandos qui avaient débarqué en hélico et qui revenaient avec nous. Tout le monde embarque, mais avec de l'eau jusqu'à la ceinture cette fois. On s'apprête à partir, porte relevée, lorsque voilà quatre retardataires qui s'amènent. Notre LCVP beache à nouveau, on ouvre la porte, mais malheureusement un peu trop bas ou un peu trop tôt, car le bateau trop chargé sur l'avant s'incline, se remplit d'eau en un clin d'œil, et s'échoue sur le fond par l'avant.

Pas d'affolement d'ailleurs, plutôt l'hilarité générale, excepté du côté des lieutenants biffins qui, en tergal, regardaient cela d'un sale œil…Tout le monde débarque. Pas moyen de déséchouer le LCVP en mettant le moteur à fond, pas plus qu'en mettant un boute à l'avant et en tirant dessus. La décision fut alors prise de le vider avec les casques et la pompe de cale. Spectacle épique alors : des gens qui nageaient autour du bateau, tout habillés, avec juste le casque dépassant hors de l'eau ; gens torse nu et pantalon essayant de soulever le LCVP et recevant sur la tête le contenu des casques que d'autres puisaient à l'intérieur. Le LV Révillon torse nu à cheval sur la porte du LCVP et jouant au cow-boy. Le LV Hamel regardant cela avec un petit sourire. Enfin, l'assèchement fut pratiquement terminé. On rembarqua, mais jusqu'à la Jeanne personne ne fut rassuré. Le deuxième LCVP était revenu vide et nous escortait, ayant à son bord le Commandant en second. Le LV Le Bars, responsable de ce fiasco, riait jaune. Couvé râlait à qui mieux mieux. De plus, à l'accostage, on a failli chavirer lorsque les gens se sont mis à grimper au filet. Finex.

Le Bars a pris huit jours de trou paraît-il. Sur la passerelle de la Jeanne, on a entendu ensuite des remarques intéressantes : du LV Merlo, parlant de Le Bars : « En voilà un qui vient de couler sa carrière !! ». Du LV Merlo, encore : « Les LCVP sont une matière consommable, ça sert une fois et puis on les jette ». Du LV Gourlet répondant au CF Turc, qui lui avait demandé « Qui est dans le 2° LCVP ? » : « Personne, il n'y a que le Commandant en Second… » Tic du CF Turc …

Et voilà comment s'est terminée cette escale, la plus longue de la croisière. On est rentrés à Nouméa faire du mazout. La manœuvre d'embossage ne fut pas tellement réussie par le CF Turc sur la plage arrière, et une aussière a failli casser. Ce soir là, je crois que tout le monde en a pris pour son grade, et même Postec de la part d'ALPACI. Pour couronner le tout, le LV Belot avait décrété qu'il ne rentrerait pas à bord à 22h comme l'ordonnait le Commandant, et à 1h30 il a demandé une embarcation à terre. Il l'a eue, mais 15 jours de trou avec…

Photo témoin


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Photo d'origine inconnue, trouvée par Alain Dannhauer